Groupe de Travail sur les Populations Indigenes
18eme Sesion - Du 24 au 28, Juillet 2000
LES ENFANTS DES HAUTS PLATEAUX BOLIVIENS ET LEUR SCOLARISATION
En voyageant et en vivant en contact direct avec les peuples, en sortant des sentiers battus que les circuits touristiques nous proposent en general, jai constate des situations difficiles alarmantes et dont il faut parler. Je souhaite parler des enfants de paysans et de leur vie scolaire quasi inexistante.
Dans le monde entier, les enfants qui travaillent ont un point commun. ils sont tous issus de familles situées au bas de lechelle sociale; paysans sans terre, urbains sans traval. Indiens etc...
Les milliers denfants qui vivent de petits metiers ne connaissent quune ecole, celle de la rue. Pour lexploitation minière, cest en Colombie, au Pérou en Bolivie que lon trouve des enfants «enfants taupes» mal nourris mais qui mâchent des feuilles de coca pour resister ä la fatigue et qui sont très mal payés. Ils sont là pour travailler dans les mines detain. les mines de sel, mines dor parfois avec des climats très difficiles.
En Bolivie, des milliers denfants (criaditos généralement petits domestiques) sont envoyés des campagnes pour servir les familles riches.
Autant pour les paysans les plus pauvres ainsi que tous les marginaux de la rue et malheureusement dans les centres urbains on rencontre de plus en plus denfants qui partent à la dérive, à lautodestruction. Beaucoup trop de jeunes enfants et adolescents nont dautres univers que la rue et leur avenir se limite à la lisière de leur chapeau. Ils sont livrés à eux-mêmes dans un triste état physique moral ou psychologique. Pourquoi ne sont-ils pas à 1école et pris en charge par les structures sociales si elles existent ?
En Bolivie, dans la région des hauts plateaux, lagriculture de subsistance en péril ne permet pas aux parents dassurer la scolarisation de leurs enfants. Les enfants travaillent des leur plus jeune äge aux rudes täches de la terre, la culture, élevage des animaux doù scolarisation peu assidue.
La vie est rude à 4000 m daltitude. Pour certaines régions des hauts plateaux les communautés sont privées de tout, isolées, marginalisées. Ces Aymaras ne peuvent évoluer ou vivre normalement : pas de route, pas délectricité, pas dantenne médicale, peu décole, pas de latrines, pas deau courante.
De nombreux enfants doivent marcher plusieurs heures pour se rendre dans une école éloignée.
A Potosi, Ia vie est très difflcile pour les pères qui descendent à Ia mine, mais quand on est petit on a hâte dêtre grand pour ressembler à papa (qui souvent meurt jeune par Ia silicose), car à Potosi, cest une vocation on va à la mine comme dautres enfants de certains continents vont à la guerre. Le petit revenu des enfants de Potosi permettra à la familIe de survivre les privant daller à lécole. Est-ce normal ? Il nest pas rare de rencontrer des enfants de 13/14 ans travailler dans les boyaux de la terre. Mais en parler est un sujet tabou, un sujet complétement de passe, un fait banal. Et leur scolarisation? Quen fait-on?
« Leducation se definit comme la plus haute fonction de létat » Cest ainsi que la constitution bolivienne la définit. II incombe donc au pays de fournir - même aux peuples les plus réculés, les indigènes - cette scolarisation ainsi que daider les municipalités à établir lenseignement primaire dans les langues locales et une distribution massive de matériel scolaire.
Malgre le projet dalphabetisation mis en place notamment en zone rurale 3 millions dhabitants de ces zones restent touchés par le fléau de lanalphabetisme. Est-il normal que des semblants de locaux appelés classes soient dépourvus de tables, chaises et dun tablean noir?
Actuellement encore moins de 60% des enfants vont regulièrement à lécole en zone rurale sachant que regularité signifie, pour certains de ces enfants, 3 matinées décoIe seulement par semaine.
Autre probleme : le salaire de misère octroyé aux instituteurs de campagne doù colère de leur part.
Le gouvernement sest pourtant fixé des prioriteés mais léternel problème est celui des finances dans un pays écrasé par le poids des dettes extérieures.
Le bilan pour la scolarisation des enfants indigènes pendant la ,,Decennie Internationale des Peuples Indigenes" sest dégradé, pourtant la Communauté internationale verse beaucoup dargent pour le projet dalphabétisation en zone urbaine et encore plus en zone rurale.
Alors pourquoi un constat aussi négatif?
Que fait-on des aides accordées?
Du droit à la réalité que peut-on faire ? Nous sommes tous concernés: les familles, les autorités locales, regionales, gouvernementales et surtout les intermédiaires dans le fameux circuit économique de ce monde.
Je vous remercie, Madame La Présidente.
Evelyne THUAULT
Genève, le 24 juillet 2000*** [Volver al INDICE] ***